Fantastique

Ou comment l'irrationnel et le surnaturel surviennent dans notre réalité quotidienne.

Katana, Jean-Luc Bizien

Ventrouge
 

La cuirasse s'attache:

Lorsque le jeune Ichiro découvre que ses parents ont été honteusement assassinés par la daimyo, il n'a plus que la vengeance à l'esprit.

Mais la route est bien ardue quand on veut s'en prendre à un seigneur-dragon réputé invincible !

Dragonnoir

Les sabres sont tirés:

Avec ce diptyque, Jean-Luc Bizien rend un vibrant hommage aux films de sabres japonais: honneur, devoir, action, émotion et destinée sont mis en avant dans cette épopée.

Des personnages stéréotypés et un schéma narratif très classique sont les deux bémols à l'originalité de cette histoire. Récit d'apprentissage du héros naïf et incompétent qui, aux fils de ses déboires, se forme et s'assagit tandis qu'il rencontre les membres complémentaires de son équipe: l'habile voleur, l'agile ninja, le talentueux samourai et le puissant paysan. Peu d'originalité donc mais une vraie écriture d'ambiance qui nous plonge dans ce Japon médiéval codifié à l'extrême.

Enfin, j'ai trouvé la résolution de l'intrigue un brin décousue, voir tirée par les cheveux... Mais chacun son avis !

 

Bérenger

Journal d'un marchand de rêves, Anthelme Hauchecorne

Journal d un marchand de reves

Vous fermez les yeux:

Un tragique accident, un terrible traumatisme et me voilà en hopital psychiatrique. Merveilleux lieu pour découvrir le pouvoir du rêve et sa puissance ! Tout en étant évidemment déclaré sain d'esprit par les meilleurs spécialistes du mileu !

Mais toutes découvertes comportent son lot de danger et d'inconnues (c'est le principe), d'autant plus quand elle a déjà été faite il y a bien longtemps par des gens terriblement puissants.

Personnes dont je m'entête à contrecarrer, bien malgré moi (sain d'esprit vous vous rappelez ?), les plans. Et pourquoi me diriez-vous ? Pour la plus vieille histoire du monde: une fille bien sur !

Ha ! Et j'oubliais: une vengeance aussi.

 

Et vous vous éveillez:

Hauchecorne nous offre un nouvel univers, peuplé de rêves et de cauchemards, matiné de steampunk.

Un brin ingéal, aux vues de ces autres productions, Journal d'un marchand de rêves souffre, à mon humble avis, d'un rythme par trop décousu et d'un univers incomplet. Quelques pansements ça et là parsèment l'intrigue pour tenter d'assoir un contexte, mais cela reste trop inconsistant... Trop onirique peut-être ?

Certains évènements clés arrivent souvent de nulle part et c'est dommage. Cette histoire n'en reste pas moins une jolie ballade adolescente et le récit d'une amourette candide entre deux jeunes gens.

A conseiller aux romantiques fans de steampunk.

 

Bérenger

Rites de sang, Glen Duncan

Ritesdesang

L'histoire commence:

Tallula s'est enfuie avec sa meute et vivote comme elle peut et Remshi est malade et dors depuis deux ans.

L'Eglise sort alors le grand jeu en dévoilant au monde l'existence des loup-garous et des vampires. Les Militi Christi entrent en guerre et l'extermination commence !

Traquées, ces deux races de prédateurs vont devoir unir leurs forces pour protéger leurs proches et sauver leurs vies...

 

Et les acteurs se mettent en scène:

Si le premier tome de cette trilogie "dynamitait le mythe du loup-garou" et le second se perdait dans une tentative malhabile de traduire la psychée d'une jeune mère névrosée; ce troisième ouvrage clôt cette histoire et il était temps !

Une alternance classique des personnages principaux; des personnages secondaires presque sortis de nulle part, placés là pour donner un semblant de profondeurs aux héros de cette banale histoire de "je t'aime, moi non plus". C'est d'autant plus dommageable que certains nouveaux personnages semblant bien plus intéressant ne font acte de présence que pour quelques paragraphes seulement !

Peu de rythme, peu d'intérêt et le sentiment insistant de déception car il y avait pourtant matière à produire un final au moins aussi "explosif" que le premier livre ! On nous fait miroiter des prophéties millénaires, des conflits mondiaux médiatico-religieux... Et rien !

A mon sens: une histoire qui s'essoufle, un énième roman "bit-lit" sur le thème "it's complicated".

 

Bérenger

La 25e heure, et, Le chrysanthème noir - Feldrik Rivat

La25eheure

Les drames arrivent:

En cette fin d'année 1888, les parisiens sont dubitatifs concernant cette fameuse tour du non moins fameux monsieur Eiffel et son importance pour la future exposition universelle. Car le bon peuple de Paris se préoccupe bien plus de cette étrange rumeur qui circule: les morts disparaissent, réapparaissent et surtout ils se mettent à parler !

"Plaisanteries" pour le préfet de police face aux journalistes, il n'en dépêche pas moins son plus fin limier sur cette affaire. Et il aura fort à faire face à une fleur noire comme la mort qui propose aux forces vives de la nation un bien étrange marché...
Lechrysanthemenoir

Et des enquêtes s'ouvrent:

Avec la pratique vient l'expérience et donc le début du long chemin qui mène à l'excellence.

Là où son oeuvre précédente (La trilogie des Kerns) pouvait apparaitre comme une version adaptée de différentes histoires faisant référence dans le milieu de la Fantasy, La 25e heure se démarque par un univers moins fantasy mais bien plus propice à susciter l'intérêt et la curiosité. La Belle Epoque: avec ses dames apprétées bousculant les codes d'une société encore très masculine, et ses gentlemen qui n'hésitent pas à poser leurs haut de forme pour boxer ou se battre à la canne-épée; voilà une scène propice à une grande aventure !

Feldrik maintient dans ses deux enquêtes un rythme dément: comme une boule de nerf qui ne cesserait de croitre jusqu'à nous étouffer de n'en plus pouvoir d'attendre le mot de la fin ! L'auteur distille avec un art consommé les quelques miettes d'informations qui nous permettent de reprendre à notre compte cette fantastique (c'est le cas de le dire) enquête un brin sybilline. Les pièces viendront se mettre en place suivant l'allure ce celui (ou celle) qui semble mener la partie.

Les personnages sont singuliers et attachant et l'on se surprend à en demander plus quant à leur histoire personnelle et leurs motivations: informations que le narrateur nous livre au compte-goutte à l'instant adéquat.

L'écriture est toujours aussi plaisante à parcourir, compromis professionnel entre détails participants à l'ambiance et concision de celui qui a vraiement des choses à raconter.

Ces deux enquêtes de La 25e heure raconte une excellente histoire digne de Rocambole: action, romance et mystère !

 

Bérenger

Le carnaval des corbeaux - Anthelme Hauchecorne

Lecarnavalauxcorbeaux

Oyez Oyez braves gens !
Ludwig est maigrichon et son père les a abandonné, sa mère et lui, sans donner d'explications. Afin de combler ce manque, il s'adonne au spiritisme dans sa chambre et relate ses troublantes expériences à son meilleur, et unique, ami: Gabriel.
Parlons un peu de ce dernier, même si son manque de caractère le dessert quelque peu. Fils décevant pour son père, il brille surtout par le fait, quasi-miraculeux, d'être tout juste moyen. Partout. Dans tous les domaines. Rien  ne le fait sortir du lot, ni même y rentrer d'ailleurs.
Alors quand une étrange fête foraine s'installe la veille de la Toussaint, nos jeunes thanatonautes s'y décident à prouver leur implication dans le monde horrifique de l'occulte.
A la lisière du monde des esprits, sauront-ils percer les mystères de l'Abracadabrantesque carnaval ?

Réservé aux artistes:
La première chose qui vous frappe en refermant vos mimines sur ce livre est la qualité de l'objet que vous tenez entre vos doigts.
Les éditions du Chat Noir n'y sont pas allées de main mortes: couverture rigide, et couleur, ET illustrée ! (Fait assez rare pour être précisé).
Ayant déjà expérimenté le talent d'Anthelme Hauchecorne, j'ai préféré tourner autour de l'histoire avant de m'y plonger à corps perdu. Comme dans ses précédents ouvrages celui-ci commence par une citation choisie qui nous fait doucement glisser dans le bain et se conclut par une page de remerciements imagée, une présentation de l'auteur ainsi que des illustrateurs.
Parlons un instant de ces derniers: leur art fait parti intégrante du processus de narration . Leurs dessins sont tels le sertissage d'une pierre précieuse, la mettant ainsi en valeur: les gravures de Loïc Canavaggia et Mathieu Coudray font simplement briller de mille feux cet ouvrage et l'histoire qu'il contient.
Une dernière chose enfin avant de rentrer dans le vif du sujet, les droits du roman sont reversés à l'UNICEF. Les belles actions se passent de louange.

Le Carnaval aux corbeaux est un nouveau jalon sur le sentier de la reconnaissance du talent de son auteur. Une maitrise rare au service du conte mérite qu'on s'y attarde avec méticulosité.
Ho ! Et n'ayez crainte d'être déçu après avoir entendu tant d'éloges car mes pauvres capacités d'écriture sont bien en deça de la vérité.
Le design intérieur permet de casser au moment opportun le visuel des chapitres et ainsi renouveller l'insatiable curiosité du lecteur. Qui-a-t'il d'inscrit sur ce parchemin ? Que se cache-t'il donc derrière cette image pleine page ?
La mécanique d'écriture ensuite, avec son alternance classique des personnages mais sur un nombre étrangement court de lignes, permettant à son leur auteur de se jouer de la chronologie de son aventure.
Et pour finir la forme; la musicalité, les rimes et la poésie dont fait preuve Anthelme à chaque instant font de chaque phrase un délice pour vos mirettes.

A mettre entre toutes les mains, grandes et petites, pourvues de griffes ou de tentacules !

Bérenger