Don Winslow

La patrouille de l'aube

Avant-goût :

La patrouille de l'aube c'est une bande d'amis qui se retrouve tous les matins pour une session de surf avant de partir au boulot. Plus cool, tu meurs. L'un deux est détective privé et doit enquêter sur le meurtre d'une prostituée alors que LA vague de la décennie déboule sur San Diego...

Critique :

Ce polar est définitivement coool mais il cache une part très sombre : "il y a quelque chose qui pue dans cette affaire"... Pourtant au début on se croirait presque dans une mauvaise série télé avec en apparence plein de clichés : Dave le dieu de l'amour, Boone le bon samaritain, Sunny l'éblouissante fille qui rivalise avec les mecs sur une planche de surf, Hang Twelve le tas de muscle très protecteur vis à vis de la famille, etc... Heureusement que Don Winslow nous la joue délibérement cool et nous montre qu'il sait parfaitement ce qu'il fait tout en amusant la galerie. L'enquête commence comme un polar très classique. Un meurtre, une prostituée, un détective privée bientôt épaulée par son contraire féminin mais quand même hyper attirant forme un cocktail peu étonnant. Cette première partie est portée par l'écriture de Don Winslow, son humour et ses descriptions magnifiques du surf, des plages, de San Diego...

La seconde partie, elle, est nettement plus noire, les évènements s'enchainent, les chapitres raccourcissent, le suspense s'intensifie, la vague se fait de plus en plus monstrueuse, bref la machine s'emballe et trimballe aisément le lecteur avec elle. Au niveau du découpage des scènes c'est de la mécanique de haute précision, tout est parfaitement huilé. La fin est un peu trop rose mais qu'importe, l'ensemble du livre a été porté avec un enthousiasme contagieux, qu'il en soit ainsi pour la conclusion!

Au final on a là un polar très décontracté en apparence mais dès qu'on gratte sous la surface, tout s'effrite et le polar vire au noir le plus pur.

Note : 4 étoiles

En bonus une citation :

"les ouvriers agricoles s'enfoncent déjà dans les champs[...]La nuit ils se planquent dans les plis et replis du paysage de San Diego et n'en émergent qu'à la douce lumière de l'aube[...]C'est le peuple invisible[...]la vérité indicible et la réalité cachée du rêve californien.Présents avant notre réveil,partis avant que nous nous rendormions"

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Dernier verre à Manhattan

Avant-goût :

Un ancien agent de la CIA en Europe est retourné à New York pour changer de vie. Il passe du bon temps avec sa compagne chanteuse et se voit bientôt proposer un job de garde du corps de luxe d'un sénateur présidentiable.

Chronique :

Don Winslow déclame avec ce roman son amour pour la ville de New York. Véritable personnage du récit, l'auteur n'a de cesse d'en vanter les mérites. En situant l'histoire dans les années 50-60, Don Winslow remplit un double objectif. D'abord il réstitue avec brio cette époque ce qui a pour effet de donner un intérêt certain à la lecture, surtout vu que la précision historique est de mise. Ensuite cette période ancre son récit dans un contexte de guerre froide et de maccarthysme ce qui est idéal pour ce roman d'espionnage.

Avec un vrai savoir-faire, Don Winslow prend le temps d'installer ses personnages, les intrigues amoureuses et surtout l'ambiance de New York à cette époque. La deuxième partie du roman lui permet de dérouler la partie d'échec qu'il a minutieusement mise en place lors de la première phase du récit.

Ainsi Don Winslow réussit son roman d'espionnage New Yorkais vintage et montre une autre facette de son talent de romancier.

Note : 4 étoiles

 

La griffe du chien

Avant-goût :

Art Keller mène la Guerre contre la Drogue. Il va découvrir l'enfer.

Chronique :

"La griffe du chien" de l'américain Don Winslow est souvent considéré comme un des meilleurs polars jamais écrit. C'est le cas. Voici pourquoi il a sa place dans le panthéon du genre. D'abord ce roman époustouffle par son ampleur, plus de 800 pages denses au format poche, et une intrigue qui couvre plus de trois décennies. La galerie de personnages est à l'avenant, allant du trafficant de drogue, à l'homme de main, au policier, au politique, à l'homme d'église ou encore à la prostituée. Plus remarquable encore, Don Winslow prend le temps de développer chaque personnage et pas simplement avec une description détaillée et quelques élèments de son passé, non, ici on parle de consacrer au total 20 pages pour chaque protagoniste. Le tout dans une narration très fluide, précise et agréable à lire. On ne ressent pas de lourdeurs, de passages meublés ni d'évènements superflus. 

Quant à l'intrigue, quel souffle, là aussi. Comme dans les meilleurs romans noirs, Don Winslow mèle fiction et réalité avec par exemple l'opération Condor ou encore le tremblement de terre de Mexico, décrit avec une fulgurance rare. Si le roman relate la guerre contre la drogue ce n'est pas avec un point de vue pro-américain et manichéïste. La critique est souvent sous-jascente et parfois est écrite noir sur blanc. On notera d'ailleurs que le point de vue des trafficants est tout aussi développé que celui des agents de la DEA américaine. On regrettera juste la fin en demi-teinte avec un peu trop de bons sentiments.

Au final, "La griffe du chien" est un coup de force, un roman noir contemporain majeur, à ne pas manquer. 

Note : 5 étoiles

La griffe du chien - Don Winslow

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