Malte, Marcus

Le doigt d'Horace

Avant-goût :

Franck est homme étrange, profondément solitaire et bientôt impliqué dans un sanglant attentat...

Critique :

Ceci est le premier livre publié par Marcus Malte. On voit que son style d'écriture est présent mais non encore maîtrisé. En effet sur certains passages le style est trop omniprésent et gâche l'action, tandis que sur d'autres il sert parfaitement l'action.
Les personnages sont plus ou moins réussis, notamment certains méchants très vilains pas beaux... Quant à l'intrigue elle demeure mystérieuse une bonne partie du livre puis fini par être classique avec un final vu et revu.

Au final "Le doigt d'Horace" est un assez bon polar qui aurait mérité plus d'arrangements, de retouches, pour être excellent.

Note : 3  étoiles

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Le Lac des Singes

Avant-goût :

Mister, un pianiste black, est appelé par un ami pour aller jouer au casino d'Evian pour un gros cachet. Mais ce que l'ami lui a caché c'est que les gagnants à la roulette se font tous tuer un par un...

Critique :

Si l'on avait encore besoin de montrer que les auteurs français n'ont rien à envier à leurs homologues américains, je choisirai ce roman de Marcus Malte, écrit en 1997, d'une finesse rare avec un tueur en série.

On croyait ce thème rabâché, usé, ultra codé, impossible à renouveler etc. Marcus Malte nous prouve tout le contraire, avec une maestria incroyable. La recette est d'apparence très simple, elle n'utilise pas d'ingrédient exotique mais pour la réussir il faut une sacrée dose de talent. En premier lieu Marcus Malte a fait un grand mélange des genres : "Le lac des singes" a le coeur d'un roman noir, un soupçon de thriller, un arôme de roman d'enquête christiesque, un arrière-goût de roman policier procédural. Rien que ça.

Ensuite il a eu la bonne idée d'ajouter une ambiance jazzy du tonnerre, de quoi donner à ce met de la volupté, la même délicatesse que celle des doigts de Mister sur son piano. Ces scènes où Mister joue du piano au milieu du casino sont parmi les plus belles du livre, l'évocation de ces moments de pur talent musical sont parfaitement retranscrites.

Marcus Malte continue de peaufiner ce met exquis en saupoudrant le tout de mystère avec ce lac Léman sombre, profond, ténébreux. C'est le premier fil rouge du roman, ce petit goût qu'on connait sans réussir à l'identifier précisément. Tous les personnages, et particulièrement Mister, semblent être attirés par ce lac.

Sur la forme c'est un vrai mélange des saveurs, Marcus Malte jongle entre les points de vue même si au final celui de Mister est le plus prédominant. Le récit est entrecoupé des enregistrements du tueur qui enregistrait sur des kilomètres de bandes de cassette ses pensées et ses actions, en bref sa folie. C'est le second fil rouge du roman. On a aussi le point de vue du commissaire en charge de l'affaire qui subit la pression de tous les côtés pour que la série de meurtre s'arrête.

Au niveau de la langue, du style de Marcus Malte on approche de la perfection. La symbiose parfaite de la langue avec le polar. Il utilise des mots relativement simples car il ne s'agit pas de faire étalage de son érudition, les choisis avec une justesse incroyable et les utilise dans des métaphores extrêmement bien choisies. Les phrases coulent toutes seules, le récit est limpide, presque musical, et se lit avec une fluidité exemplaire.

En ce qui concerne l'intrigue, elle est aussi travaillée que le reste avec un suspense final assourdissant, des rebondissements inattendus et dont les pièces s'assemblent dans les dix dernières pages pour nous dévoiler l'identité du tueur qu'on aura jamais soupçonné...

Pour conclure, je ne peux que vous conseiller de lire "Le lac des singes", c'est un polar exceptionnel comme on en voit trop peu.

Note : 5  étoiles

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Carnage constellation

Avant-goût :

Les tribulations d'un travesti assorti d'un ex-braqueur un peu perdu. 

Chronique :

Avec "Carnage constellation" Marcus Malte continue à surprendre avec une histoire loin des canons habituels du roman noir. Ici, il place d'emblée le lecteur dans une position inconfortable. En effet la première partie est consacrée à ce jeune homme paumé qui se transmue peu à peu en femme, qui s'entiche d'une sorte de vieil SDF et qui finalement se prostitue. Il est donc difficile de s'identifier à un tel personnage mais Marcus Malte fait passé la pilule facilement sans tomber dans l'excès ni de pathos ni de thrash.

La deuxième partie nous ramène en terrain plus familier avec le personnage d'un ancien braqueur qui sort de prison et qui veut se venger de son ex-associé qui l'a balancé. Comme toujours chez l'auteur, l'homme est plus complexe qu'on ne le croit puisqu'il va croiser le chemin du travesti de la première partie.

Le style reste agréable mais reste moins lyrique que dans d'autres livres de l'auteur. L'intrigue maintient l'intérêt du lecteur mais ne cherche jamais à accélèrer et manque donc un peu d'impact.

Au final, ce roman noir atypique ne marque pas les esprits malgré l'absence d'éléments rédhibitoires. A réserver aux plus curieux.

Note : 3 étoiles

La part des chiens

Avant-goût :

Zodiak et le Polac sont deux hommes un peu perdu, issu du monde des saltimbanques, à la recherche de la divine Sonia, épouse du premier, soeur du second.

Chronique :

"La part des chiens" n'est pas franchement un polar, c'est un roman étrange qui mélange plusieurs univers. On passe ainsi de descriptions poétiques et lyriques à d'autres presque insoutenables de noirceur. L'intrigue n'est pas clairement définie et l'on se demande souvent où l'auteur nous mène. Les lieux et le temps sont tous aussi flous, un peu à la manière d'un rêve.

Le texte est écrit de belle façon avec un style loin d'être ordinaire. Aux beaux passages (la part des anges) succèdent la noirceur la plus atroce avec inceste, prostitution d'enfants, le pire (la part des chiens). Cette partie noire peut être ressentie comme gratuite puisqu'elle ne sert que très peu l'intrigue. Elle risque de provoquer de nombreux abandons de lecture.

Au final, ce roman très atypique est très difficile à conseiller, peu de lecteurs l'apprécieront.

Note : 2 étoiles

 

Plage des Sablettes, souvenir d'épaves.

Remarque :
Ce livre fait partie de la collection "Noir Urbain" et propose donc un roman noir centré sur une ville. Ici c'est La Seyne-sur-mer qui est à l'honneur.

Avant-goût :

Ce mini roman noir, ethnographique, est centré sur une plage de La Seyne-sur-mer dont l'histoire fait figure de prologue. Sur cette plage Ingmar Pehrsson, flic désabusé, ressasse ses souvenirs, notamment la tragique histoire de son meilleur ami Paul, mort à quatorze ans sur cette même plage...

Critique :

Très court (une centaine de pages) ce roman noir est vraiment réussi puisqu'en peu de mots il plante une atmosphère noire. D'autre part le suspense et le rythme sont maitrisé puisque l'intérêt du lecteur est toujours suscité. Le ton est très juste et les événements relatés sont réalistes. La fin n'est pas expliqué directement et c'est au lecteur de lire entre les lignes. L'auteur profite de ce roman noir pour décrire la ville et plus particulièrement ses mutations qui, hélas, ne vont pas dans le bon sens...

Note : 4  étoiles

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Intérieur Nord

Avant-goût :

Ce livre est un recueil de 4 nouvelles tristes et noires.

Critique :

Sublime. Si vous ne l'avez pas encore lu, allez l'acheter ce livre est bouleversant. Les personnages de ces 4 nouvelles sont profondément humains, parfaitement crédibles. Marcus Malte possède une justesse de ton incroyable, ses nouvelles sont des tranches de vie si belles si tristes si noires qu'on croit lire quatre histoires vraies.

Ainsi "Intérieur Nord" est l'enveloppe de quatre pépites, quatre chefs d'oeuvres.

Note : 5  étoiles

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Garden Of Love

Avant-goût :

"Garden of Love" est une expérience littéraire très difficile à résumer. Je vais me contenter de vous conseiller de tenter l'expérience.

Critique :

Faire une critique de "Garden of Love" est un exercice d'une complexité aussi grande que l'intrigue du livre. Je vais faire de mon mieux.

Tout d'abord, passons rapidement sur la partie facile de la critique : l'écriture de Marcus Malte est très belle, recherchée et toujours très juste. En bref c'est un des meilleurs écrivains français de romans noirs. Juste pour cet aspect-là ce serait très dommage de rater ce livre.

Concernant l'intrigue du roman je vais être laconique. Elle est très complexe. Marcus Malte a construit son livre de telle façon que le lecteur se demande sans cesse où est la fiction dans la fiction, ce que le personnage principal invente ou non. Le lecteur est obligé de lire entre les lignes et de reconstituer le puzzle du Maître Marcus Malte. Oui "Garden of Love" est un labyrinthe, oui il vous emportera, oui ce ne sera pas facile mais oui ceux qui s'accrocheront seront largement récompensés...

Au final ce roman incroyable de Marcus Malte est vraiment un livre à lire une fois dans sa vie mais il exige une réelle concentration sous peine de passer complètement à côté de la beauté de l'Oeuvre.

Note :4  étoiles 

Remarque :  Le titre vient du poème éponyme de William Blacke donc voici un très court extrait :

"So I turned to the Garden of Love
That so many sweet flowers bore"

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Toute la nuit devant nous

Avant-goût :

Ce livre est un recueil de 3 nouvelles plutôt axées sur des adolescents.

Critique :

Dans ce petit recueil de nouvelles on retrouve le talent de Marcus Malte pour écrire des histoires aussi touchantes que bien écrites. Toutefois la première manque un peu d'originalité puisqu'elle utilise la figure du vieux château qui prend vie et la fin de cette nouvelle est peu vraisemblable. La deuxième est trop rapide pour créer un effet de surprise. La troisième est très bonne avec l'histoire d'un jeune footballeur talentueux venant de la cité marseillaise.

Ce recueil donne juste un petit aperçu du talent de Marcus Malte mais demeure trop axé "Jeunesse".

Note : 3   étoiles

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Les Harmoniques

Avant-goût :

Mister et Bob essaient de démèler le vrai du faux pour découvrir le coupable du meurtre de Vera Nad, jeune femme dont Mister s'était entiché...

Critique :

Avec "Les Harmoniques" Marcus Malte met en scène Mister et Bob qu'on connaissait déjà depuis "Le doigt d'Horace" et "Le lac des Singes" dans un roman noir sur fond de jazz.

Si le résultat est assez convaincant, il n'est toutefois pas pleinement satisfaisant. En effet si Marcus Malte se joue des codes du roman noir de belle façon, il ne parvient pas à éviter certains écueils malheureux.

Plus précisément ce roman a tout du roman noir classique. Un meurtre qui n'intéresse personne, deux compères bien décidés à faire la lumière là-dessus, une bande-son très jazzy et finalement un soupçon de politique peu propre derrière tout ça. Pourtant Marcus Malte y impose sa patte, son ambiance, son univers et ça marche, ça sonne juste. Pourtant assez vite le récit tire vers quelque chose de plus noir, beaucoup plus noir, de l'autre côté des Balkans, le lecteur est ainsi renvoyé vers les heures les plus noires de la guerre du Kosovo.

C'est là que la machine s'enraille un peu avec notamment une explication (plutôt une justification) très lourde qui s'étale sur plusieurs pages avec des dialogues aussi interminables que peu crédibles sur le pourquoi du comment, sur l'imbrication de la petite histoire (le meurtre de Vera) avec la grande Histoire (la guerre du Kosovo). Le propos est intéressant mais il est mal amené et surtout se fond mal avec le reste du récit. On sent bien que Marcus Malte avait beaucoup de chose à dire et qu'il a essayé de tisser une trame autour mais cela ne marche que partiellement. Dommage.

Que l'on ne s'y méprenne pas, malgré tout la plume de Marcus Malte est toujours aussi agréable à lire, on rencontre des personnages un peu loufoques mais immédiatement attachants et l'ambiance jazzy est très agréable et bien rendue.

Au final ce roman de Marcus Malte déçoit un peu mais reste tout de même d'excellente facture.

Note : 4 étoiles

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Canisses

Avant-goût :

Que se passe-t-il lorsqu'au lieu de prendre la maison du bonheur, on achète celle d'en face ?

Critique :

"Cannisses" est une nouvelle de 75 pages environ qui montre encore une fois que Marcus Malte maitrise autant cet exercice que les longs romans. C'est l'histoire de cet homme, dont on ne connait ni le nom ni le prénom, père de deux jeunes garçons et qui a perdu sa femme de manière tragique mais non brutale. En regardant à travers les canisses de sa terrasse il voit son voisin d'en face, sa femme, leur fille, leur maison, leur vie parfaite en somme. Il se demande si au moyen d'acheter sa maison il n'aurait pas dû prendre celle d'en face, celle du bonheur ...

Le récit à la première personne fait mouche dès la première ligne et emporte le lecteur dans la tête de cet homme. Le style est très fluide, les phrases coulent et l'empathie envers cet homme se renforce page après page. Lorsque l'homme commence à descendre sur la mauvaise pente, on se surprend à le comprendre, à entrer dans sa douce folie.

La tonalité du roman est d'abord mélancolique lorsque l'homme parle de l'amour pour sa femme puis de plus en plus noire et tragique au fur et à mesure que l'homme bascule. Marcus Malte est toujours juste et soigne les détails. Les plus pointilleux regretteront quand même quelques petites zones d'ombres. On peut aussi se dire qu'en étoffant un peu plus, Marcus Malte aurait pu transformé cette belle nouvelle en superbe roman.

Au final, Cannisses confirme tout le talent de Marcus Malte, si vous ne l'avez jamais lu c'est la porte d'entrée idéale.

Note : 5 étoiles

 

Cannisses - Marcus Malte

Mon frère est parti ce matin

Avant-goût :

Un homme décide de se retirer du monde et de rester cloîtrer dans sa maison.

Chronique :

"Mon frère est parti ce matin" est un court roman (ou une longue nouvelle) d'une centaine de pages et dont le titre n'a rien à voir avec l'histoire. Celle-ci nous place dans un point de vue omniscient : on voit les actions de cet homme, on connait ses pensées et surtout on observe ce qui se passe autour de sa maison.

C'est là que réside le talent de Marcus Malte, inclure le lecteur dans une situation un brin loufoque et de tirer le fil de histoire jusqu'à épuisement de la pelote. Ici le roman prend un tour plutôt inattendu mais assez bien vu.

Au final on passe un bon moment avec cette histoire originale et agréable à lire.

Note : 4 étoiles

 

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Commentaires (1)

cynic63
Je viens de lire et de "hcroniquer" "Le doigt d'Horace" que j'ai trouvé très bon. On sent bien un style qui se construit, une langue bien maîtrisée, l'ironie qui pointe finement. Je ne suis pas trop réservé contrairement à toi. Mais, ce n'est que mon premier Marcus Malte...ceci explique cela, peut-être

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