Indridason, Arnaldur

Le maître du roman noir islandais

La Cité des Jarres

Avant-goût :

Un homme est retrouvé mort chez lui, visiblement assassiné, avec près du cadavre un mystérieux message de trois mots...

Chronique :

"La Cité des Jarres" est un des premiers romans mettant en scène l'inspecteur Erlendur. En tout cas c'est par ce roman que les lecteurs français ont fait la connaissance de ce personnage récurrent. On y trouve donc Erlendur, ses collègues, son ancienne mentor, et sa fille Eva, nettement plus présente dans cet opus que les suivants. Le récit est porté essentiellement sur la filiation avec les relations tumultueuses d'Erlendur et de sa fille droguée à la dérive, avec l'histoire parallèle d'une jeune femme qui s'enfuit lors de son mariage et bien sûr avec l'intrigue principale. L'auteur s'appuie aussi sur les spécificités de l'Islande comme son nombre très restreint d'habitants (favorable à des études génétiques) ou encore la construction de Reykjavik sur d'anciens marais. L'ensemble se lit facilement, l'enquête policière ménage habilement le suspense et entretient longtemps le mystère sur la fameuse Cité des Jarres.

Au final, Arnaldur Indridison propose là un excellent divertissement pour s'initier à l'Islande d'Erlendur.

Note : 4 étoiles

La Cité des Jarres - Arnaldur Indridason

La femme en vert

Avant-goût :

Des ossements vieux de plus de 50 ans sont retrouvés à Reykjavik, Erlendur remonte dans le temps pour découvrir l'histoire de ce cadavre... Pendant ce temps, sa fille touche le fond et lui demande de l'aide...

Critique :

Arnaldur Indridason fut le premier auteur islandais à se lancer dans le polar, avec succès. "La femme en vert" est loin d'être un thriller palpitant, comme si le froid islandais gelait le rythme du roman. Pourtant ce roman noir est passionnant, il est très bien servi par l'écriture pleine de finesse d'Arnaldur Indridason, capable de la plus grande sensibilité dans le traitement des personnages mais aussi très dur dans les scènes de violence. Le thème de "La femme en vert" est celui des femmes battues, l'enfer au quotidien de cette mère de trois enfants est très bien rendu, la crédibilité est maximale. Les autres personnages sont tous aussi travaillés, en particulier l'enquêteur éminemment triste Erlendur en proie à beaucoup de soucis...

Au final "La femme en vert" est un excellent polar nordique montrant tout le talent de l'auteur à peindre une société...

Note : 4   étoiles

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Hiver Arctique

Avant-goût :

Un petit garçon d'origine thaïlandaise est retrouvé mort quasiment au pied de son immeuble. Serait-ce un crime raciste? Erlendur et ses partenaires mènent l'enquête dans un froid polaire...

Critique :

"Hiver arctique" ressemble beaucoup à "La femme en vert". On retrouve donc Erlendur, Sigurdur Oli, Eva Lind, Sindri Saner et tous les autres. L'habitué d'Indridason se trouve donc en terrain familier, et le nouveau lecteur n'est pas perdu puisque l'auteur rappelle rapidement les faits essentiels concernant chaque personnage. On regrettera toutefois que l'histoire personnelle d'Erlendur (concernant son frère ou sa nouvelle compagne par exemple) n'avance que d'un pouce et demi, pas plus. C'est au final ce qui ressort de la lecture de cet "Hiver arctique" : beaucoup de choses pour pas grand-chose.
Certes on pourra dire que cela correspond à la réalité, que souvent la résolution des affaires criminelles est simple et qu'il faut beaucoup de tâtonnements pour y arriver. Néanmoins l'impression demeure qu'Arnaldur Indridason aurait pu raccourcir ou augmenter son roman de 200 pages sans rien bouleverser puisque le dénouement peut être placé à n'importe quel moment de l'histoire.
Je m'explique, généralement une enquête policière est construite comme un chemin balisé, où pour arriver à la fin (la découverte du coupable) il faut obligatoirement passer par toutes les étapes. Ici, la construction est celle d'un labyrinthe, on part d'un endroit initial (le meurtre) et on explore chacune des possibilités, la plupart étant des impasses sauf celle qui mène à la sortie qui est indépendante des autres...

Toutefois Indridason ne mise pas tout sur l'intrigue, il mise aussi beaucoup sur l'ambiance d'une part, et le thème de son livre d'autre part.
L'ambiance est très sombre, pesante, lente, froide (à l'image de la couverture) et cette ambiance si bien mise en oeuvre se retrouve à chaque page, à chaque ligne.
Le racisme ou plutôt le rapport des Islandais avec les étrangers est le thème central du livre et là on ne peut que constater la justesse de l'analyse d'Indridason, une belle leçon d'humanité vraiment.

En définitive, "Hiver arctique" est un polar très mélancolique, profondément ancré dans la réalité islandaise mais dont la construction est périlleuse...

Note : 3  étoiles

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Hypothermie

Avant-goût :

Maria, islandaise de cinquante ans, est retrouvée pendue dans son chalet au bord du lac de Thingvellir. Tout laisse croire à un suicide mais Erlendur veut absolument connaitre les raisons de celui-ci et va creuser jusqu'à trouver la vérité...

Critique :

Avec "Hypothermie", Arnaldur Indridason revient en force avec ses thèmes de prédilection : la société islandaise et les disparitions. Dans ce nouvel opus, exit les collègues de travail habituels d'Erlendur puisque celui-ci décide de mener une enquête en solo sur le suicide d'une femme.

On plonge alors dans le passé de cette femme, on fouille sa vie en compagnie d'Erlendur, on se passionne sur sa quête de la vérité sur l'au-delà et peu à peu on comprend, on devine que ce suicide n'est pas aussi simple qu'il n'y parait. Mais cela se fait toujours sans aucune preuve, d'ailleurs la conclusion du livre n'est finalement qu'un faisceau de conjonctures, il n'y a rien de matériel pour étayer ces hypothèses.

En marge de cette enquête Erlendur poursuit son travail de reconstruction des liens familiaux avec ses enfants et sous la pression de sa fille tente même de renouer un semblant de relation amicale avec son ex-femme. De plus Erlendur s'interroge encore et toujours sur la disparition de son frère et ne cesse de culpabiliser, de se demander pourquoi lui a survécu et pourquoi son frère a disparu. Comme toujours Arnaldur Indridason le fait avec énormément de tact, de justesse et de manière fort passionnante.

D'autre part Erlendur remonte aussi le temps pour retrouver la trace de deux jeunes gens disparus il y a des décennies et qui n'ont jamais cessé d'être présent dans un coin de la tête d'Erlendur.

On trouve donc beaucoup de chose dans ce livre et tout le talent d'Indridason est de réussir à mêler subtilement ces trois histoires, à les rendre aussi passionnantes les unes que les autres et à faire réagir émotionnellement le lecteur. Inutile aussi de préciser que les personnages sont extrêmement fouillés et convaincants.

Au final, grâce à son formidable talent de conteur, Arnaldur Indridason nous livre de très belles histoires sur la société islandaise tout en conservant une part importante de noirceur. C'est un livre très enrichissant.

Note : 5  étoiles

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La muraille de lave

Avant-goût :

Un encaisseur va trop loin et blesse mortellement une femme. Sigurdur Oli enquête ...

Critique :

Ce dernier roman d'Arnaldur Indridason montre bien la volonté de celui-ci de sortir un peu du personnage d'Erlendur. En effet, dans La Rivière Noire l'auteur avait choisi une collègue d'Erlendur : Elinborg. Ici c'est un autre collègue qui est choisi en la personne du semi-antipathique Sigurdur Oli.

Le pari est réussi puisque ce personnage a une personnalité plus tranchée qu'Erlendur avec beaucoup moins de compassion mais la même pugnacité. De plus, l'histoire du déchirement de son couple apporte une belle touche intimiste à ce personnage.

L'intrigue, lente comme toujours, révèle des surprises en jouant sur plusieurs tableaux. Ainsi une première intrigue s'intéresse au sort de cette femme fraichement tuée. Une autre nous met sur la piste d'un pédophile et de sa victime qui des décennies plus tard, cherche à se venger. Une troisième nous ammène dans le milieu de la finance et au bord de la muraille de lave. Le tout est très subtil, bien imbriqué, facile à suivre et réaliste.

Au final, ce roman d'Indridason est un bon cru qui montre qu'il peut sortir de son personnage fétiche sans faire de concessions.

Note : 4 étoiles

 

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Commentaires (4)

Maldoror
  • 1. Maldoror | 04/07/2011

Lisez : l'homme du lac !!!

Superbe !!!

cannibale lectrice
  • 2. cannibale lectrice (site web) | 30/07/2009

J'ai lu "la femme en vert" et j'ai beaucoup aimé. Indridason a vraiment l’art de creuser l’âme humaine au plus profond. (voir ma critique sur mon blog)

cynic63

J'aime aussi beaucoup Indridason. Le dernier est très bon en effet. En ce qui concerne le nombre de crimes en Islande, lire le dossier réalisé par Patrick Raynal (qui n'aime pas beaucoup Indridason...). Le travail de Raynal sur ce dossier "polar nordique" est très intéressant et instructif (même si je ne partage pas tous ses goûts...Sur Mankell, Stieg Larson si...et Stefansson aussi)

dasola

Bonsoir, la femme en vert est plus qu'un polar, c'est un beau drame psychologique. Je viens de lire le dernier Hiver Arctique, c'est très bien aussi. Indridason a le talent d'ancrer ses enquêtes dans la réalité Islandaise. Il donne envie de connaître l'Islande où il se passe autant de drames qu'ailleurs. Bonne soirée.

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