Caryl Ferey

Haka

Avant-goût :

Jack Fitzgerald est le meilleur flic d'Auckland (Nouvelle Zelande) il a perdu sa femme et sa fille sans jamais les retrouver. Lorsqu'un tueur mutile une jeune fille, Jack et une crimologue nommée Ann Waitura sont dépèchés sur les lieux et vont devoir faire face à des monstruosités qu'ils n'auraient pû imaginés...

Critique :

"Haka" est le premier livre avec lequel Caryl Ferey s'est vraiment fait connaître, et il augure déjà en 1998 le succès qu'aura Zulu dix ans plus tard.

On retrouve les mêmes qualités entre les deux romans mais dans Haka on sent nettement que le style de l'auteur n'est pas encore affiné, qu'il se cherche un peu dans ses métaphores alambiquées. Il y a donc une grande marche entre les deux ouvrages puisque Zulu corrige toutes les erreurs d'Haka.

L'histoire est bien menée même si elle manque parfois de clarté. A contrario certains rebondissements finaux étaient prévisibles depuis le début ou presque tant certaines ficelles ont déjà été utilisées. Là où Caryl Ferey excelle c'est dans l'utilisation des mythes et traditions des Maoris ici et des Zoulous dans Zulu. Ces passages-là sont passionnants et justifient à eux seuls la lecture du livre. Le reste est quand même du déjà vu avec des fausses pistes, un super flic et une criminologue chacun ayant eu un passé tumultueux, un tueur névrotique dont on analyse la personnalité à travers ses faits etc.

Au niveau de l'écriture - comme au niveau de l'intrigue - Caryl Ferey en fait un peu trop, enchaîne les métaphores pas toujours heureuses et qui parfois nuisent à la compréhension d'une scène. Les dialogues sont réussis mais des fois apparaissent comme irréalistes au vu des situations...

Tout compte fait, ce thriller chez les Maoris reste très classique dans sa construction mais se distingue par sa langue et son dépaysement.

Note : 4  étoiles

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Utu

Avant-goût :

Au pays des Maoris, Paul Osborne reprend l'enquête que son ami Jack Fitzgerald avait quasiment terminé dans un bain de sang. Paul Osborne croisera aussi la route de son coup de foudre d'adolescent : Hana.

Critique :

Pour lire Utu il est conseillé, mais non essentiel, d'avoir lu le 1er opus "Haka" qui se déroule aussi en Nouvelle-Zélande. En effet l'histoire reprend là où elle avait été laissée sauf que le personnage principal de Haka, Jack, laisse place à Paul Osborne un personnage tout aussi déchiré et complexe que Jack.

L'intrigue est compliquée, non linéaire, atypique. Elle tire sa force de son exotisme avec les traditions maoris expliquées très intelligemment par l'auteur. Ensuite le lecteur n'est pas épargné avec une enquête semée de morts, de violence et de sexe aussi. A tel point que parfois on a l'impression que l'auteur en fait un peu trop. De même il est dommage que l'intrigue laisse place à quelques situations peu crédibles comme par exemple une assistante du coroner qui à un mini laboratoire de médecine légale dans sa cave. Pour le reste les rebondissements et développements de l'intrigue sont bien amenés. La fin est un peu trop explosive pour être pleinement appréciée.

Au final "Utu" est un thriller mouvementé, atypique par son utilisation des rites maoris, mais qui souffre de quelques défauts.

Note : 4  étoiles

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Zulu

Avant-goût :

En Afrique du Sud, Ali Neuman, chef de brigade criminelle, enquête sur le meurtre violent d'une jeune blanche...

Critique :

Après un tour du monde à l'âge de vingt ans qui, en plus de lui donner le goût du voyage lui a permis de constater que la vie n'est pas rose partout, Caryl Ferey signe un thriller très noir en Afrique du Sud.
Ce pays va accueillir la prochaine Coupe du Monde de football en 2010 et à travers Zulu on comprend que le pays est au bord du chaos, et on s'inquiète.

Revenons un peu sur l'aspect polar du roman. Caryl Ferey se pose en narrateur omniscient et cela lui permet de jongler avec les différentes histoires des personnages ainsi que d'intercaler des données géopolitiques et historiques sur ce pays singulier.
Trois personnages sont mis en avant par l'auteur et une foule de personnages secondaires gravitent autour d'eux. Le premier qu'on découvre dans une introduction très forte est Ali Neuman, Zoulou de son état, et chef de la police criminelle de Cap Thorn.
Très charismatique et intelligent il porte néanmoins les stigmates de son passé ainsi que la force morale de son père. Deux amis et collègues l'accompagnent, Dan Fletcher et Brian Epkeen, qui eux aussi ont une vie familiale très difficile.
On pourrait croire que Caryl Ferey nous ressort certains clichés des romans noirs, il n'en est rien parce qu'il les dépeint avec tant de force et de précision qu'ils deviennent tous vivants, attachants et surtout profondément humains.
C'est pour cela aussi que le lecteur est aussi passionné pour le cancer de la femme de l'un, les relations codifiées de l'autre ou encore les conflits entre le troisième et son ex-femme et son fils, que pour l'intrigue principale.

Cette intrigue principale fait d'abord penser à une banale histoire de tueur en série puis à une sombre histoire de drogue mais finalement, dans ce pays explosé, la réalité est bien pire.
Les différents développements sont maîtrisés, les scènes d'actions particulièrement vivantes et réussies avec une narration très cinématographique, et finalement le suspense est omniprésent du début à la fin. La partie thriller est donc une réussite totale.

Analysons maintenant l'aspect roman noir, quasi social. Caryl Ferey a choisi de développer l'aspect documentaire sur l'Afrique du Sud à part et non pas d'utiliser des personnages prétextes pour informer le lecteur. C'est donc en début de chapitre que l'on voit régulièrement des explications succinctes et pertinentes sur l'histoire politique du pays (l'apartheid et l'après apartheid), les traditions ancestrales (sur les Zoulous principalement), les conflits inter-ethniques, la corruption de l'ensemble du système par l'argent, les dérives des multinationales, ainsi que des chiffres sur la violence quotidienne, le nombre effarant de meurtres et de viols, l'état du trafic de drogue etc.

Cette analyse sociale est vraiment effrayante et ne prend presque jamais le pas sur l'intrigue principale, elle est parfaitement fondue dans le thriller.

Au final ce roman de Caryl Ferey est absolument indispensable, c'est le polar à lire de l'année 2008.

Note : 5  étoiles

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Mapuche

Avant-goût :

En Argentine, Jana, une Mapuche, survit en tant que sculptrice. Sa meilleure amie est un travesti nommé Paula. Des évènements tragiques les précipiteront sur les heures noires de la dictature en compagnie du détective Ruben Calderon ...

Critique :

Le précédent roman de Caryl Ferey, "Zulu", a été un immense succès récompensé par de nombreux prix. Il revient avec Mapuche dans un roman se déroulant en Argentine. L'occasion pour lui d'être encore plus ambitieux en proposant un récit qui tient beaucoup plus du roman noir que du thriller. L'occasion aussi de s'intéresser à l'histoire politique de l'Argentine.

Disons-le de suite, Mapuche est moins réussi que Zulu. Premièrement, le roman souffre d'un certain manque de rythme par moment ce qui empêche le livre de devenir un page turner qu'on ne peut pas reposer. Zulu était plus prenant, plus intense. Deuxièmement, et cela rejoint le premier point, le fait que l'intrigue parle de la dictature argentine pose un serieux problème. En tant que lecteurs français nous ne sommes pas spécialistes de cette histoire complexe dont ne connaissons que des bribes. Caryl Ferey réalise donc un énorme travail pédagogique pour combler cette lacune. Bien sûr, c'est très intéressant et enrichissant mais cela nuit à la dynamique du récit.

Ainsi, Mapuche est un très bon roman, bien mené, mais moins équilibré que Zulu.

Note : 4 étoiles

 

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Condor

Avant-goût :

Santiago, Chili. L'histoire de Gabriela, vidéaste, et d'Esteban, avocat, tous deux à la recherche d'une rédemption.

Chronique :

Quatre ans après Mapuche, au terme d'une longue gestation, le second roman noir de Caryl Ferey consacré à l'Amérique du Sud est là, sobrement intitulé Condor. Comme le nom le suggère il sera question du Chili, de l'héritage de la dictature de Pinochet et de l'Opération Condor. Les puristes trouveront que ces sujets sont traités superficiellement, d'autant plus que l'auteur n'est pas aussi didactique que dans Zulu, mais les lecteurs peu au fait de l'histoire de l'Amérique Latine apprendront certainement les grandes lignes. Dans un roman noir de ce type, le romancier doit constamment faire un choix entre le rythme de son roman et le contexte historique. Ici Caryl Ferey privilégie plutôt l'action tout en étant factuellement correct sur les faits historiques évoqués.

Comme dans Mapuche, on retrouve une histoire d'amour au coeur de l'histoire, avec un schéma similaire : l'homme est issu de la bonne société sans l'assumer, il se rebelle et poursuit des objectifs nobles comme la défense des plus faibles tout en étant un romancier dans l'âme. Vaste programme. Dans ce couple qui se construit au fil des pages, la femme est une indienne mapuche qui sert de caution locale à l'auteur, vidéaste amateur, elle est fougeuse, voire insaisissable. Pour cette partie, l'écrivain flirte dangereusement avec le cliché et le déjà vu.

Plus génant, l'intrigue peine à veritablement convaincre, certaines scènes sont peu crédibles (pour qu'un personnage principal ne meurt pas) certaines coïncidences trop heureuses (le passé d'un personnage faisant écho aux évènements), les méchants un peu trop bêtes.
Néanmoins, Caryl Ferey ne perd pas son écriture entrainante ni son goût pour le suspense ce qui pousse le lecteur à tourner les pages.

Au final, Condor est une petite déception avec une histoire moins bien ficelée que d'habitude et un certain manque de fraicheur général.

Note : 3 étoiles

Condor - Caryl Ferey

Commentaires (4)

JP
  • 1. JP | 10/05/2016

Je lis « un chef-d'oeuvre ». Je dirais plutôt très bon.
Je ne connais aucun polar qui soit un chef-d'oeuvre et pourtant je suis grand amateur de très bons polars.
Il y a des gens qui ont perdu la boussole des repères qualitatifs par pauvreté culturelle !!!

dujardin
  • 2. dujardin | 29/03/2014

J'ai adore Zulu un docu\polar rythme, voilent, documente. Je l'ai lu par hasard au moment de la mort de Nelson Mandela et j'ai pu voir qu'il était d'une grande véracité, a nouveau je pense que l'intrigue policière passe au second plan et qu'elle est un prétexte pour nous ``faire vivre`` le temps de l'histoire en Afrique du Sud. Je viens d'acheter Mapuche que j'ai hâte de lire. On voyage avec cet auteur.....

barbier
  • 3. barbier | 18/06/2013

ce livre est un chef d'oeuvre

fersenette

J'ai adoré Zulu et l'Argentine me fait rêver, j'attends beaucoup de ce roman ... dès que possible :-)

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