Ellroy, James

Lune sanglante

Avant-goût :

Un tueur en série sévit incognito à Los Angeles, le sergent Lloyd Hopkins va partir à sa traque.

Chronique :

"Lune sanglante" est le premier volet d'une trilogie consacrée au personnage Lloyd Hopkins. C'est aussi un des romans qui lança véritablement la carrière de James Ellroy. Il se déroule dans la ville fétiche de l'auteur Los Angeles où se mélange déjà les futurs thèmes de prédilection d'Ellroy. La police d'abord avec la figure du sergent hors norme Lloyd Hopkins et des flics pourris, les démons avec la folie meutrière du tueur et la psychologie torturée du sergent, les femmes sous formes de victimes ou rédemptrices, la drogue aussi nécessaire pour tenir le coup ou s'envoyer en l'air. Le style est sobre avec une certaine tension dans l'écriture. La trame de l'intrigue est très solide, maîtrisée et avec un rythme qui ne faiblit pas et se termine en une spirale destructrice. Cependant certaines coïncidences heureuses dérangent, en particulier lors du dénouement.

James Ellroy signe là un roman noir fulgurant, digne précurseur de l'oeuvre qui suit. 

Note : 4 étoiles

Lune sanglante - James Ellroy

Le Dahlia Noir

Avant-goût :

Une jeune femme, qui essayait de percer en tant qu'actrice à Hollywood, est retrouvée morte, affreusement mutilée, dans un terrain vague de Los Angeles... Pour Lee Blanchard et Bucky Bleichert, l'enquête va tourner à l'obsession.

Chronique :

Le Dahlia Noir est avant tout tiré d'une histoire vraie, et reste un des crimes non élucidé les plus célèbres aux Etats-Unis. James Ellroy a beaucoup été marqué par cette tragique histoire qui lui rappelait la sienne et celle de sa mère...

Ce roman est un classique du roman noir puisqu'il réunit tous les codes du genre. Les personnages sont tous sombres et au bord du précipice et les scènes où tout va bien se font très rares. Le vice est omniprésent, sous la forme des femmes (fatales bien entendue), de la drogue pour tenir le coup et des corruptions de flics en tout genre.

L'écriture de James Ellroy est sobre, efficace, les aspects psychologiques (états d'âmes, pensées) sont privilégiés par rapport aux descriptions des lieux, l'auteur préfère accentuer l'ambiance d'un combat de boxe plutôt que les menus détails sur le décor de la salle.

Mais James Ellroy en fait un peu trop au niveau de l'intrigue, et autant certains retournements de situations sont très bien vus et surprenants autant les rebondissements finaux sont un peu plus rocambolesques et moins crédibles...

Le Dahlia Noir est un thriller très noir, mais la fin manque de panache alors que pour le reste, c'est un sans faute.

Note : 4  étoiles

Adaptation au cinéma : en 2006 par Brian De Palma. Le réalisateur a réussi à retranscrire l'ambiance du Los Angeles des années 40/50 mais pas l'oeuvre de James Ellroy dont il saborde l'intrigue, la rendant encore plus complexe et donc le spectateur ne comprend rien aux différentes intrigues...

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Un tueur sur la route

Avant-goût :

Le récit de Martin Michael Plunkett, tueur en série nomade.

Chronique :

En 1989 quand James Ellroy écrit un livre sur un tueur en série, ce sous-genre est encore peu exploité même si le Silence des Agneaux de Thomas Harris est paru un an plus tôt (et encore précédé de Dragon Rouge). Il est donc intéressant de voir le traitement fait sur ce genre de personnage hors-norme à l'époque, bien avant la surenchère d'histoire de ce type qu'on connait aujourd'hui. Ici James Ellroy a choisi un roman à la première personne nous plaçant dans la peau du tueur. Ce procédé est bien sûr très adapté pour ce genre de personnage mais aussi plus difficile car il faut traiter de la partie psychologique de l'intérieur. Ensuite il adopte une vision rétrospective : le tueur est en prison et raconte ses méfaits dans un livre témoignage. Cela permet à Ellroy d'étaler l'intrigue sur plusieurs décennies, de faire des ellipses comme il le souhaite, et cela créé aussi un pacte avec le lecteur : on sait que le tueur sera prit et donc que l'intérêt n'est pas dans la fin du roman, c'est le "comment" qui sera traité tout au long du récit. Ce serial killer est particulièrement intelligent et Ellroy décrit de fort belle manière son évolution d'adolescent exclu qui entre peu à peu dans le crime puis en vient à tuer. Ensuite ce sera un road-trip aux Etats-Unis où on suit le parcours semé de corps du tueur. James Ellroy n'a pas cherché à trop en faire sur l'élément déclencheur de cette folie meurtrière comme c'est trop souvent le cas, de même l'auteur ne s'apesantit pas trop sur les descriptions macabres car ici la psychologie prime. La meilleure idée d'Ellroy est d'avoir créé un être imaginaire auquel le tueur s'identifie lorsqu'il commet ses crimes. Il devient Super Saigneur dont il subit les pulsions. Sur le plan littéraire, ce roman se lit très bien, Ellroy n'a pas encore développé ce rythme haché qui deviendra sa marque de fabrique.

Au final ce roman de tueur en série vaut vraiment la peine d'être lu et fait figure de référence du genre. 

Note : 4 étoiles

Un tueur sur la route - James Ellroy

LA Confidential

Avant-goût :

Tout commence à Los Angeles avec l'épisode tragique du Noël Sanglant au sein même des locaux de la Police. Ce sont ensuite les histoires croisées de trois policiers qui vont se frotter à l'épineuse affaire du Hibou de Nuit. 

Chronique :

Avec ce troisième volet de la série dite du Quatuor de Los Angeles, James Ellroy signe là un grand classique et montre toute sa maîtrise du roman noir, loin au-dessus de la mêlée.

Pour s'en convaincre il suffit de s'attarder sur la construction du roman. James Ellroy ne nous place pas dans la peau de un personnage fort mais de trois. Trois personnalités exceptionnelles superbement dépeintes avec de vrais caractères, des forces et des faiblesses. L'intérêt du lecteur est ainsi multiplié par trois tant les personnages sont riches et intéressants.
Ensuite l'auteur ne se contente pas d'une affaire policière résolue en une semaine pour passionner le lecteur mais propose plutôt une saga s'étalant sur une dizaine d'années avec cette fameuse affaire en fil rouge, lui permettant ainsi de l'étoffer de plusieurs intrigues parallèles sans jamais être superficiel ou faire du remplissage.
James Ellroy maîtrise admirablement le rythme de son récit en alternant temps forts et temps faibles, utilisant ici et là des ellipses temporelles agrémentées d'articles de journaux pour faire un bon en avant de quelques années à son récit, permettant par exemple de faire passer un flic des moeurs à la brigade anti-drogue.

Au final, James Ellroy réussit un roman noir magistral, une réfèrence, propulsé par une intrigue passionnante autour du destin de trois flics.

Note : 5 étoiles

 

LA Confidential - James Ellroy

Tijuana mon amour

Avant-goût :

Ce livre est un recueil de nouvelles et d'articles publiés dans divers magasines...

Chronique :

Ces nouvelles de James Ellroy sont bien différentes d'un "Dahlia Noir" par exemple, et ces différences se situent uniquement au niveau de l'écriture. En effet les thèmes sont les préférés de James Ellroy : L.A, Hollywood, Sexe, Drogue et Malfrats en tous genres. Le cocktail est détonnant, puissamment déjanté, voire furieusement psychédélique. James Ellroy en joue, surjoue et exagère à tous les niveaux. Par exemple quand il se met dans la peau de Gary Getchell , rédacteur en chef du magazine "L'Indiscret" et personnage sans aucun scrupule pour vendre son torchon, le texte regorge d'allitérations. Par "regorge" j'entends une allitération minimum par ligne. A ce propos il faut souligner le travail incroyable que le traducteur a du fournir pour retranscrire en français l'écriture d'Ellroy si particulière, si riche. Toutefois cette prose nuit considérablement à la dynamique des différents récits, car certes les allitérations donnent une musicalité étonnante au texte et renforcent ses propos mais elles perdent aussi le lecteur dans des disgressions et font stagner l'intrigue. Voilà qui m'amène à évoquer le second problème de ces nouvelles. Elles sont complexes, pleines de ramifications et bien souvent délirantes dans ce monde si étrange du show business.

Finalement la plume de James Ellroy risque d'en rebuter plus d'un, mais les plus tenaces auront droit à un florilège de surprises et à une démystification totale du monde des stars en devenir...

Note : 3  étoiles

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Underworld USA

Avant-goût :

Underworld USA raconte l'histoire politique des Etats-Unis entre 1968 et 1972 aux travers de plusieurs personnages. Il mèle ainsi la petite histoire avec la grande Histoire

Chronique :

Critiquer un livre d'une telle ampleur n'est pas aisé. En effet ce roman fait plus de 830 pages et chaque page est très dense, il n'est donc pas possible de lire rapidement ou de sauter un paragraphe. Attendez-vous donc à de longues heures de lecture. Le préambule est terminé, abordons maintenant l'intrigue.

Le roman débute sur une scène incroyable de braquage d'un fourgon blindé. Ce passage est une réussite totale et servira de fil rouge pour le reste du roman. Toutefois le ton des autres chapitres est plus posé et moins percutant. On commence alors à suivre les histoires parallèles de plusieurs personnages bien campés entre la communiste pro-révolution, le flic recordman du nombre de braqueurs tués, le brillant flic noir infiltré, le mateur malsain, le mercenaire francais, ... Toute une gallerie de personnages exceptionnelle avec un degré de réalisme dans les descriptions rarement atteint. Il n'y a pas de coquilles vides, de personnages en carton ou de simples faire-valoir. Ces personnages cotoient des figures historiques comme J Edgard Hoover, Howard Hugues ou encore le president Nixon. Tous les évènements liés a chacun des personnages forment un grand tout, et d'une suite d'évènements en apparence insignifiants se degagent de grand mouvements, de grandes consequences comme l'ascension politique de Nixon, l'assassinat d'untel, les décisions de tel pays, etc. Il y a beaucoup d'histoires dans ce roman et chaque lecteur sera plus ou moins captivé par chacunes d'elles. Ainsi un lecteur amateur de theorie du complot se délectera des évènements concernant la republique dominicaine tandis qu'un lecteur amateur de serie policière sera enthousiaste devant l'infiltration d'un flic dans des groupuscules Noirs.

Le talent de James Ellroy est surtout d'avoir su garder une cohérence à son roman. On notera aussi la facilite déconcertante avec laquelle il jongle entre les styles. On passe d'un article de journal très serieux à une conversation secrète entre le president et un agent du FBI, on explore les pages de deux journaux intimes, on lit un dialogue raciste entre deux membres d'extrême droite avant de terminer par un discours politisé sur la revolution Rouge. La lecture garde ainsi tout son intérêt malgré un nombre de pages conséquent. Et surtout l'ensemble garde une crédibilité étonnante malgré les faits rapportés. 

Ainsi James Ellroy nous propose un recit flamboyant que lui seul est capable d'écrire. Un moment de lecture intense mais loin d'être grand publique tant le livre est dense, mais la récompense est là pour ceux qui vont au bout.

Note : 2 étoiles

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Perfidia

Avant-goût:

Los Angeles, la veille de Pearl Harbour, une famille de japonais est retrouvée morte dans leur maison. Assassinat ? Suicide ? Le LAPD est sur le coup.

Chronique:

Avec Perfidia, James Ellroy entame un nouveau quatuor sur la ville de Los Angeles après le premier écrit entre 1987 et 1991. Sa première tétralogie composée notamment des fameux Dahlia Noir et L.A. Confidential couvrait la période 1947-1958. Ici Perfidia commence début décembre 1941, juste avant Pearl Harbour et donc l'entrée en guerre des Etats-Unis, et se termine à la tout fin de l'année 1941. On est donc environ 6 ans avant Le Dahlia Noir. Dès le début du roman, le lecteur est en terrain familier: James Ellroy utilise un mélange de personnage réels (le maire de la ville, l'archevêque, des directeurs du FBI ou de la police, des actrices de cinéma), de personnages d'autres romans (Le Dahlia Noir, Underworld USA, L.A. Confidential, White Jazz, ...) dans un cadre connu, la ville de Los Angeles (maintes fois décrite dans ses romans précédents) et le contexte de début de guerre pour les Etats-Unis. Toutefois il ne faut pas croire que James Ellroy fait du réchauffé: l'intrigue est extremement dense et fouillée même sur plus de 800 pages (grand format). Pour preuve la liste des personnages en fin d'ouvrage présente plus de 80 personnages. De plus l'auteur a un style très condensé : il fait passer beaucoup d'informations, de faits, en peu de mots, les phrases sont courtes et vont droit au but. Réussir à tenir la distance avec une telle densité est un véritable tour de force. Actuellement il est probable qu'aucun autre auteur de roman noir soit capable de construire une intrigue aussi ambitieuse.

Le revers de la médaille est que pour le lecteur cette intrigue et cette densité se paye. C'est un roman impossible à lire rapidement compte-tenu de sa complexité. Ici, pas question de sauter un paragraphe pour cause de longueurs, il n'y en a pas. De même, il est fort probable qu'un grand nombre de lecteurs se découragent et abandonnent la lecture de ce pavé. Ce livre n'est clairement pas destiné au lecteur occasionnel. Tout comme on ne met les grands auteurs classiques entre toutes les mains, il en va de même pour ce roman même si c'est plutôt rare dans le domaine du polar, plus habitué au best sellers grand public.

Revenons à l'intrigue, celle-ci explore des thèmes chers à l'auteur : la corruption, la fraude, la passion, la propagande, le fanatisme et le racisme. De nouveaux thèmes apparaissent aussi tel que l'eugénisme, la chirurgie esthétique et la cinquième colonne. James Ellroy balaye large et propose une intrigue qui mêle de près hommes politiques, policiers, stars de cinéma, membres de l'appareil judiciaire, hommes de foi, ... C'est aussi un roman qui implique des nationalités autres que l'américaine avec des chinois, des japonais et même des mexicains. Les personnages sont fort nombreux mais tous précisément décrits et ambigus. Une mention spéciale est à faire sur les femmes qui sont au coeur du roman, loin des clichés habituels ou cantonnées à des rôles de faire-valoir ici elles occupent le premier plan. Les protagonistes centraux les plus marquants sont : Hideo Ashida japonais chimiste brillant du LAPD, la téméraire Kay Lake qui fait tourner la tête de bien des hommes, Claire de Haven femme très politisée ou encore le capitaine de police William H. Parker dont les motivations sont floues, sans oublier inénarrable Sergent Dudley Smith retors au possible. On pourra reprocher à l'auteur de distiller très peu d'espoir, tous les personnages ou presque ne sont pas "bons", ils ont tous une part sombre prononcée. Il y a très peu de lumière, d'éclat.

Comme souvent chez Ellroy, la narration suit un trio de personnages. Un fil de narration se concentre sur William H. Parker, un autre sur Ashida et le dernier sous forme de journal intime présente les faits à la première personne via Kay Lake. C'est dans ce dernier que le style est le plus fluide, le plus écrit et le plus classique. Les deux autres points de vue bénéficient d'un style certes acéré et économe en mots (sans remplissage en somme) mais pas aussi difficile d'accès que dans d'autres romans. Ce qui rend la lecture ardue c'est plutôt le nombre de personnages et l'étendue des multiples intrigues.  

Le coupable final est dévoilé à la toute fin du roman, de manière abrupte et sans qu'il y ait vraiment d'éléments pointant dans sa direction. On se dit qu'Ellroy aurait choisi un autre nom, ce serait été pareil. Dommage.

Au final, Perfidia est un roman d'une ambition folle mais aussi d'une complexité rare.

Perfidia - James Ellroy

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Commentaires (1)

Ahab
  • 1. Ahab | 05/03/2010
Tout d'abord, je vous félicite pour votre site riche en critiques littéraires.
Le Dahlia noir de James Ellroy est un polar très captivant du début à la fin. On ne se lasse jamais du flic Bleichert obnubilé par "la femme en noir" et de ses aventures qu'il l'amène à passer de L.A à Tijuana afin de retrouver son collègue Lee Blanchard mystérieusement disparu.
James Ellroy doit faire partie de ces rares auteurs de polars qui restitue dans ses livres l'Histoire. Paraît-il que Américan Tabloid - en plus d'être une œuvre remarquable - est une véritable analyse historique de l'Amérique des années 60.

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