Chainas, Antoine

Anaisthêsia

Avant-goût :

Désiré saint-pierre est un flic noir dans une ville blanche du sud. Après avoir foncé dans un mur à plus de 130km/h il sort du coma et découvre qu'il est devenu insensible à la douleur et il devient peu à peu insensible au monde environnant. En même temps l'affaire de la Tueuse aux bagues défraye la chronique...

Critique :

Contrairement à la majorité des auteurs de polars, Antoine Chainas a un style c'est indéniable. Mais trop souvent son style prend largement le pas sur l'intrigue...
Son style est constitué de plusieurs éléments. Tout d'abord Anaisthêsia est incroyablement précis, l'auteur nous indiquant très souvent les dimensions exactes d'un objet (exemple : une housse mortuaire dès le début du roman) ainsi que les matières utilisées. Cela donne un côté très déshumanisé à la narration, une ambiance froide et mécanique où tout objet n'apparaît que comme un produit étiqueté, normalisé, produit en série.

D'autre part Antoine Chainas use et abuse des anaphores pour souligner son propos et renforcer l'aspect mécanique du roman. Mais bien souvent au lieu de se contenter de trois-quatre reprises (par exemple "ils disent que") il sur-joue et en rajoute deux-trois autres qui ne font que paraphraser les premières, ce qui devient rapidement assez lourd à lire.

Le dernier aspect du style Chainas est intimement lié au personnage principal, Désiré Saint-pierre, qui perd de plus en plus son affect vis-à-vis du monde extérieur. Cette absence d'empathie ressort très bien au niveau de l'écriture, de la narration des faits. Tellement bien que parfois le lecteur sort de l'histoire et se désintéresse de l'intrigue...

Dommage que derrière ce style atypique qui met en exergue le devenir de l'homme - puisque c'est de ça qu'il est finalement question - l'intrigue soit tour à tour intrigante, inintéressante et grand-guignolesque.
Intrigante lorsqu'elle s'intéresse à ce qu'il s'est passé la nuit de l'accident,à Rachel ou encore à une orgie fantasmagorique ; inintéressante lorsqu'elle détaille l'improbable histoire de l'enfance de la Tueuse aux Bagues ; grand-guignolesque lors des combats au milieu d'un commissariat ou devant une maison entre un noir, une tueuse redoutable et ... un singe tueur (si si vous avez bien lu !).

Finalement, Anaisthêsia est un roman étrange où le meilleur côtoie le pire et dont l'auteur doit encore affiner son style...

Note : 3 étoiles

Anaisthesia.jpg

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Commentaires (3)

Amaury Watremez
  • 1. Amaury Watremez (site web) | 14/09/2012

C'est le style qui fait l'intérêt d'un écrivain, ainsi pour Raymond Chandler dont les intrigues sont embrouillées à souhait mais le style brillant, ou Simenon, pour les qui les intrigues sont des anecdotes.

Fanchic2011
  • 2. Fanchic2011 | 27/01/2012

la lecture de ce roman très noir réserve quelques surprises. Les premières pages nous arrivent en pleine tronche sans aucun repère temporel ou géographique. Le narrateur débite des phrases d’une froideur clinique qui listent des points de règlement appartenant vraisemblablement à la médecine légale à tel point que j’ai cru pendant quelques pages qu’il s’agissait d’un roman d’anticipation (et je l’ai même terminé sans vraiment avoir la certitude que ce n’est pas le cas), tout comme je ne sais toujours pas dans quelle ville l’action se situe (voire même dans quel pays) ! Le style est vif, très vif même, attention à l’excès de vitesse, plusieurs fois je me suis retrouvé en bas d’une page en me faisant la réflexion que j’ai oublié ce que je viens de lire… il y a du sang, des os broyés, du sexe, mais toujours avec les yeux de ce héros insensible. Du coup le roman perd en empathie. Il se lit comme un journal distribué à la sortie du métro, il n’y a pas d’analyse, pas d’affect que de l’information brute. C’est un peu dommage, on a du mal à s’attacher aux personnages ce qui rend la lecture un peu fastidieuse in fine. Au final, un roman atypique qui mérite qu’on s’y intéresse même si ce n’est pas le roman du siècle.

Xavier

Il ne faut pas considérer les livres d'A. Chainas sur le point de l'intrigue qui n'est qu'un prétexte, la thématique est beaucoup plus importante.

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