Bruen, Ken

Delirium Tremens

Avant-goût :

Jack Taylor vient de se faire virer de la garda (la police irlandaise), il devient détective privé et une femme lui demande de prouver que sa fille a été assassinée et non suicidée...

Critique :

"Delirium Tremens" est un roman noir magistral. En effet il conserve tous les codes du genre : un détective privé alcoolique à la dérive, une intrigue peu originale, des personnages hauts en couleur et bas de plafond... Et pourtant la forme est unique : les chapitres font deux pages maximum, le récit est emaillé de références, de citations d’autres auteurs de polar noir, et même de poèmes... Voilà pour les accotés du récit, celui-ci est particulièrement agréable à lire avec de nombreuses touches d’humour noir, des phrases assassines, des répliques piquantes, le tout porté par le personnage de Jack Taylor.

Jack est un alcoolique, et le mot est faible car plus alcoolique que Jack est quasi impossible Le personnage touche vraiment le fond, son bureau n’est autre qu’une table dans son tripot fétiche. Il se saoule tous les jours alternant entre le café-brandy, le whisky et la guinness. Forcément avec tant de déboires l’enquête n’avance pas. Par conséquent l’intrigue non plus mais qu’importe l’intérêt de ce polar n’est pas là car Ken Bruen profite aussi de ce polar pour dresser un portrait peu reluisant de l’Irlande et plus particulièrement de sa ville natale : Galway.

Au final "Delirium Tremens" est un roman noir percutant, décapant, qui ne laisse vraiment pas de marbre, et on en redemande !

Note : 4  étoiles

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Le Dramaturge

Avant-goût :

Incroyable! Jack Taylor a arrêté de boire, de fumer, il va même à la messe. Mais la réalité est toujours aussi cruelle et bientôt il doit enquêter sur la mort soi-disant accidentelle d’une jeune fille.

Critique :

Ken Bruen est l’exemple type de l’auteur qui contredit la théorie disant que les auteurs de polars écrivent tous de la même manière. En effet il suffit de lire trois lignes d’un roman Ken Bruen pour reconnaitre l’auteur. Quand on lit ces ouvrages on a l’impression d’être avec son meilleur ami et que celui-ci nous raconte une bonne histoire mi-drôle mi-sérieuse. Ceci car Ken Bruen s’adresse directement au lecteur "Vous vous rendez-compte? Un dimanche ..." ce qui donne au roman une touche très sympathique. Cette touche est renforcée par des réflexions de Jack Taylor (et souvent pleine de bon sens) sur tous les sujets de société tel que l’alcool, la drogue, la prison, la paternité, l’amour, l’église, la mutation des transports, les sans abris, etc. Ken Bruen peut aussi bien susciter chez son lecteur de la compassion pour Jack Taylor que de la tristesse ou encore du dégoût pour d’autres personnages. C’est aussi le seul auteur capable d’écrire la phrase suivante le plus naturellement du monde dans un dialogue :

"- Dans ce cas, tu l’emmerdes.
J’avais trouvé ça un peu dur, et lui avait dit :
- Je trouve ça un peu dur."

Bref, le style de Ken Bruen est unique et uniquement pour ça cela vaut le coup de lire ses livres. Revenons toutefois à l’intrigue du Dramaturge. L’histoire tient la route sans être trop compliquée, elle est bien mise en place pour qu’on ne découvre pas qui se cache derrière ce Dramaturge et les tribulations de Jack Taylor sont toujours aussi intéressantes.

Au final "Le Dramaturge" associe une intrigue tout à fait bonne à une écriture vraiment réjouissante.

Note : 5  étoiles

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Chemins de croix

Avant-goût :

Jack Taylor se retrouve avec une enquête délicate sur les bras. En effet un jeune homme a été retrouvé crucifié...

Critique :

Outre le fait que Jack Taylor soit un personnage très attachant, Ken Bruen a l’audace de le faire évoluer, en d’autres termes, de le faire vieillir. C’est assez rare pour être souligné. En effet chez nombre d’auteurs on dirait que le personnage principal a toujours le même âge, que ses précédentes aventures ne l’ont pas affecté, etc. Pour Jack Taylor c’est tout le contraire et ses fantômes ne cessent de le hanter, des problèmes d’ordre physique surgissent, il devient un peu sourd, un peu gourd aussi dans le sens où sa vision du monde est plus émoussée, moins acerbe. Pour le lecteur qui a suivi la série c’est un vrai régal et cela rend celle-ci passionnante à suivre. Toutefois il convient de signaler que cet épisode-là est quand même un peu en dessous des livres précédents. En fait c’est surtout la première partie du livre qui est laborieuse avec un Jack Taylor qui s’en prend exclusivement à l’Eglise. Ensuite Ken Bruen déroule, entremêle les histoires, et bien sûr Jack Taylor est de plus en plus tenté par l’appel de l’alcool à croire que tout ce qu’il fait est voué à l’échec. C’est dans la bouche d’un ex-ami de Jack que c’est le plus cinglant : "encore à détruire des vies autour de toi ?" (citation inexacte mais l’idée est là). En parallèle Ken Bruen (à travers les yeux de Jack Taylor) explore toujours les mutations de l’Irlande avec le sentiment que tout se perd...

Au final la série Jack Taylor se poursuit encore avec brio grâce à la patte si singulière de Ken Bruen, un auteur incontournable pour tout amateur de roman noir.

Note : 3  étoiles

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Brooklyn Requiem

Avant-goût :

Sacré Matt O’Shea ! Cet Irlandais se débrouille pour être engager dans la police de New-York, mais il ne peut s’empecher de ceder à son penchant noir et de laisser derrière lui des jeunes filles au beau cou mortes étranglées avec près d’elles un chapelet vert... Il se retrouve en patrouille avec Barka, une brute épaisse qui traite avec la pègre locale... Bientôt tout va tourner au vinaigre dans un déluge de violence...

Critique :

Il y a des signes qui ne trompent pas, comme finir un roman en moins d’une journée et demie par exemple. Si ce tout dernier Bruen n’est pas magistral, il reste tout de même largement un cran au-dessus de nombreux auteurs. Notre ami Irlandais est en effet passé maître dans l’art d’accrocher son lecteur depuis la première ligne jusqu’à la dernière, et ce sans artifices. La recette de Ken Bruen est aussi simple que fine, il créé des personnages forts, qu’on aime immédiatement, ensuite il les traine violemment dans la boue et les regarde patauger. Entre temps il nous aura servi des dialogues savoureux, des reflexions sur la société plus qu’acérées, le tout enrobé d’un humour ravageur. Toutefois le propos reste noir, très noir, et certains passages sont plutôt durs. Dans un Ken Bruen les personnages en bavent vraiment, ils touchent le fond du fond et ne s’en relèvent pas toujours.

Une autre caractéristique de Ken Bruen est qu’il n’hésite jamais à utiliser les stéréotypes pour mieux les exploser au détour d’un paragraphe. Par exemple, le tueur de cet opus est un jeune homme qui extravague régulièrement et étrangle des jeunes filles, il laisse systématiquement un chapelet vert près de sa victime. Eh bien je vous laisse apprécier cette citation page 242 :

"Les psys tiennent absolument à ce que le vert ait une signification profonde. Voulez vous que je vous dise, moi ? J’aime bien cette couleur. Vous espériez quoi ? Un épisode de mon enfance où on m’aurait collé une raclée avec un truc vert ? Un peu de sérieux !"

Ainsi à chaque instant Ken Bruen nous montre sa maitrise totale du récit portée par une narration très fluide. Tant et si bien qu’on remarque à peine que l’auteur jongle entre présent et passé et entre première et troisième personne !

On remarquera aussi que Ken Bruen est de plus en plus porté vers l’amérique...

Au final on a là un roman noir très plaisant à lire.

Note : 4 étoiles

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En ce sanctuaire

Avant-goût :

Jack Taylor est toujours en Irlande et voilà qu’il reçoit un message signé Benedictus lui promettant la mort de deux flics, un enfant, un juge une nonne... Charge à Jack Taylor de mettre un terme à cette folie.

Critique :

Dans le 6ème épisode des aventures de ce cher Jack Taylor, Ken Bruen nous laissait clairement entendre que Jack partait pour les Etats-Unis. Ensuite dans "Brooklyn Requiem" Ken Bruen envoyait un jeune garda psychopathe à New York.

On espérait donc ce 7eme opus nous emmènerait de l’autre côté de l’Atlantique pour renouveler un peu la série. Eh bien non, Jack Taylor est resté en Irlande pour soutenir son amie lesbienne Ridge. Première déception.

Le roman commence sans préambule par l’annonce de plusieurs meurtres dans une missive adressée directement à Jack Taylor. Pourquoi lui et pas la police ? Ken Bruen n’apportera jamais d’explication satisfaisante à cette question. Les meurtres commencent et personne ne s’en soucie, pas même le lecteur puisque Ken Bruen décide de nous les présenter très sommairement avec une psychologie du tueur à peine effleurée. Deuxième déception : l’absence d’empathie pour les victimes.

Pourtant lorsqu’il s’agit de décrire l’agression du voisin homosexuel de Jack, Ken Bruen retranscrit très bien l’aigreur du voisin envers Jack qui a refusé de l’aider à se protéger. De même la description de la nonne interrogée par Jack est très réussie. On se demande alors pourquoi le personnage du tueur est si fade et aussi terne et peu réaliste que les meurtres.

La dernière déception du roman est le fait que Jack Taylor replonge dans l’alcool sans que cela n’apporte rien de plus au récit. Le prétexte utilisé pour cette nouvelle descente aux enfers remet en cause LE fait qui a précipité Jack dans les abysses à la fin du roman "Le Dramaturge" et qui l’a poursuivi jusqu’à cet opus. Quel dommage de voir ainsi un tel moment symbolique détruit par une révélation vraiment peu nécessaire.

Au final ce dernier épisode est de loin le moins convaincant de la série qui semble s’épuiser... Espérons que cela ne soit qu’une erreur de parcours.

Note : 3  étoiles

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Une pinte de Bruen (vol. 2)

Avant-goût :

Dans ce recueil de textes on trouve pêle-mêle quelques-uns des premiers courts romans et nouvelles de Ken Bruen.

Critique :

Une pinte de Bruen c’est bien sûr une excursion en Irlande mais cette fois-ci sans Jack Taylor. On trouve dans ce recueils beaucoup d’éléments qui ont été développés plus tard dans ses romans. Parmi ces thèmes on trouve le rapport à la religion, l’estime de soi, le rapport aux autres, l’ambiguité de la limite entre le bien et le mal, la souffrance physique et morale, etc...

Plus particulièrement on trouve une nouvelle sur Serena May une petite fille victime du Syndrome de Down qu’on retrouve dans "Le Dramaturge" qui nous explique en détail l’arrivée de la petite fille "retardée" dans le couple, nous montre nos propres défauts lorsque nous cataloguons les autres et aussi notre cruauté involontaire envers les personnes soi-disant différentes.

Ainsi sans en avoir l’air ce recueil de nouvelles permet de réflèchir sur soi et le monde qui nous entoure mais bien connaître l’auteur est un plus pour apprécier l’ouvrage.

Note : 3  étoiles

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Le Démon

Avant-goût :

Refoulé à l'aéroport, Jack Taylor est contraint de rester en Irelande au lieu de partir aux Etats-Unis. Il fait alors la connaissance d'un personnage bien malveillant ...

Critique :

Ken Bruen revient avec un Jack Taylor décidemment pas fichu de partir aux Etats-Unis (comme c'était déjà le cas dans "En ce sanctuaire"). La prochaine fois sera peut-être la bonne. 

Dans un style plutôt sobre par rapport à d'autres opus, l'auteur change un brin en évitant une n-ième enquête. Cette fois-ci Jack Taylor se prend tout en pleine face ou plutôt sème le malheur et la mort autour de lui. Le personnage du Démon, fil rouge du roman, prend un malin plaisir à jouer avec Jack Taylor. Le résultat est très sympathique à lire même si l'intrigue est fine et ne tient pas en haleine. Ken Bruen a le bon goût de ne pas en faire des tonnes au niveau de la déchéance de Jack Taylor. Il consomme raisonnablement de l'alcool, marche au Zanax et à l'humour pince-sans-rire.

Au final, ce Bruen est un bon opus de la série sans être un indispensable.

Note : 3 étoiles

 

Le démon - Ken Bruen

Headstone

Avant-goût :

Plus diminué que jamais, Jack Taylor rempile pour une enquête à Galway sur des jeunes qui n'hésitent pas à s'en prendre aux plus faibles ...

Chronique :

Jack Taylor ayant laissé passer sa chance de partir aux Etats-Unis, il reste à Galway pour affronter ses vieux démons et des nouveaux.

Ken Bruen nous propose donc sa recette habituelle, un peu plus noire que d'habitude néanmoins. Au niveau des personnages on retrouve les habitués comme Ridge et Stewart ainsi que le prêtre de Galway, le chef de la police et le retour d'un bad boy.

Les thèmes sont eux aussi classiques pour l'auteur avec la dépendance à l'alcool ou aux médicaments, la place de la religion et la violence des jeunes. Pourtant la sauce prend de nouveau et on a là un bon opus de la série. Jack Taylor en voit de toutes les couleurs et à ce rythme-là il va finir en chaise roulante dans quelques romans.

Au final, Headstone est un bon cru pour la série. 

Note : 4 étoiles

 

London Boulevard

Avant-goût :

Mitch sort de prison et trouve bientôt un job chez une actrice défraichie.

Chronique :

"London Boulevard" n'appartient ni à la série Jack Taylor ni à celle moins connue "R&B". Pourtant le personnage principal, Mitch, partage de nombreuses similitudes avec Jack Taylor. En effet c'est un homme au milieu de sa vie, paumé (il sort de prison), amateur de polars et de citations, porté sur l'alcool, la violence et les femmes. En bref un excellent candidat à l'auto-destruction.

L'intrigue se développe selon une trame assez convenue et connue : un malfrat sort de prison et replonge un peu malgré lui dans les embrouilles, se frotte à plus puissant et en cueille les conséquences sur son entourage proche. L'originalité de London Boulevard se trouve dans le style décapant et caustique de Ken Bruen, toujours prompt à sortir une réplique cinglante, une citation bien choisie ou une remarque acérée sur la société. Ken Bruen c'est aussi une forte dose de rythme et de rebondissements. Pas le temps de s'ennuyer ni de beaucoup réfléchir en somme. Il faut voir "London Boulevard" comme un pur divertissement, il n'est alors pas étonnant que le roman ait été adapté en film.

Du côté des personnages, en dehors du personnage borderline de Mitch et de sa soeur pas franchement stable mentalement , on retiendra surtout l'ancienne actrice un peu fêlée et son majordome/mari mystérieux, en réfèrence au film Sunset Boulevard.

Au final, London Boulevard est un roman noir enlevé, réussi et sans prise de tête.

Note : 4 étoiles

London Boulevard - Ken Bruen

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Commentaires (4)

Polars Actuels
  • 1. Polars Actuels (site web) | 28/12/2010
Je viens de lire Delirium tremens et j'ai beaucoup aimé. Le style est agréable avec beaucoup d'humour. Je ne me suis pas ennuyé ! Par contre l'éditeur triche pour augmenter artificiellement le nombre de pages... Dommage.
dasola
Bonjour, j'ai lu 4 Ken Bruen sur les 6 parus dont le héros est Jack Taylor. J'en redemande. Il me reste La main du Diable et Chemin de croix. Il me tarde. J'aime beaucoup le style de Bruen. Les courts chapitres entrecoupés de citations ou autres. Des romans où au bout du compte, l'intrigue compte moins que la description des us et coutumes des gens de Galway en général et de la "défonce" à l'alcool et à la drogue de Jack. Bonne fin d'après-midi.
Clément - Admin Polars Addict
  • 3. Clément - Admin Polars Addict | 05/02/2010
Je ne parle pas de la série R&B car je n'ai pas encore lu un roman de cette série!
Je préfère d'abord rattraper mon retard en Jack Taylor!
liberto
De passage, je m'étonne qu'au rayon Bruen on ne parle pas de la série R&B!

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